dans
la programmation
Le Circus Baobab, troupe de cirque itinérant originaire de Guinée, pose une nouvelle fois ses valises au théâtre de l’Avant Seine. Leur spectacle Yongoyély met en lumière la condition féminine en Afrique et le rôle des femmes dans les mouvements d’indépendance. Puissance, intensité et sensations garanties !
L’éclosion du baobab
C’est au printemps 1998 que le Circus Baobab voit le jour. Laurent Chevallier, réalisateur français, souhaite tourner un film sur un cirque itinérant guinéen. Problème : aucun n’existe. Le directeur national de la Culture de Guinée, Telivel Diallo, saute alors sur l’occasion et coordonne la création de ce qui deviendra le Circus Baobab.
Profondément ancrée dans leur héritage culturel, la compagnie offre une relecture contemporaine de mythes, légendes et histoires guinéennes. Aujourd’hui mondialisé, le Circus Baobab conserve son authenticité en regroupant 30 artistes, hommes et femmes issus du sud-ouest de l’Afrique ou de la diaspora, faisant de lui un acteur majeur de l’univers circassien.
Il propose avant tout un cirque social à la fois dans sa constitution et dans ses créations en collaboration avec l’association R’en Cirque dont l’objectif est d’éduquer et réinsérer par le cirque. C’est ainsi que la plupart des membres de la compagnie sont de jeunes guinéens et guinéennes ayant grandi dans la rue, terrain des premières expériences sportives et artistiques (avec la pratique du foot, du hip-hop et des acrobaties). Le Circus Baobab s’appuie sur ces expériences et permet à de nombreux jeunes créatifs de s’engager dans un projet artistique mêlant apprentissage, collaboration et développement de l’estime de soi.
Les figures oubliées de l’Histoire
Yongoyély a pour point de départ la figure historique de M’Balia Camara. Militante politique guinéenne, M’Balia Camara fait partie du Rassemblement Démocratique Africain (RDA), lutte pour l’indépendance de son pays et contre le colonialisme français. Assassinée en 1955 par Almamy David Sylla, sympathisant du régime alors au pouvoir, M’Balia Camara devient le martyre de sa cause. Son histoire ainsi que son engagement rassemble tous les militants indépendantistes menant à la libération de la Guinée en 1958.
Cette histoire sera avant tout le début d’une réflexion plus large sur la condition des femmes en Guinée et en Afrique, mais également sur leur résilience et sur leurs rapports à l’indépendance. Ces réflexions sont incarnées sur scène par les 9 artistes, particulièrement les 6 circassiennes, qui à travers leur chair, expriment leurs expériences.
Le corps politique
C’est à travers la pratique artistique que le Circus Baobab nous propose de réfléchir sur la place des femmes dans les sociétés africaines. Traduit par “L’exciseuse”, Yongoyély tente de traduire cette atteinte faite aux femmes aussi bien socialement, que physiquement comme c’est le cas à travers la pratique de l’excsision (mutilation génitale féminin).
Debouts, parpaings sur la tête, les 6 circassiennes se font les témoins de la charge constante écrasant les femmes. Leur utilisation de la grume (bois guinéen solide mais flexible) dans certaines acrobaties, se fait l’écho de la force féminine, effacée mais bien présente. Enfin, la pratique du lasso, traditionnelle dans les arts du cirque, rappelle la menace constante, prête à frapper n’importe où et n’importe quand.
Yongoyély nous propose un moment impactant mettant en lumière la charge mentale, mélange de traditions et pression sociale, pesant sur les femmes guinéennes. À travers des figures spectaculaires, des jeux de stabilité et de force, les 9 artistes présents sur scène témoignent de la lutte quotidienne des femmes et des cicatrices résultant de ce combat.
Maëliss Doué
© Thomas O’Brien